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November 30 press reports from Paris: Le Monde

Sorry we haven't had the time to translate these in full. They sound much better if you get a friend to read them aloud in ringing, declamatory French, anyway. That drives home the point that though the authorities in the UK may strive and strive to marginalise RTS in the UK, our criticisms of the WTO are close to the mainstream elsewhere.

No UK paper seems to have reported the People's Tribunal, considering indictments of multinationals for gross breaches of human rights.

Here, for a taster, is the opening of the first story:

"We are citizens, not consumers" - 40,000 demonstrators in Seattle

Some delegates had to climb the walls to get into the conference

Seattle was in a State of Emergency on the night of November 30. A curfew was imposed by the National Guard, mobilised to deal with renewed protest. The opening day of the World Trade Organisation (WTO) conference - attended by delegates from 135 countries - culminated in a spectacular fiasco for its organisers and in triumph for its opponents. Downtown Seattle was paralysed, while in a nearby stadium tens of thousands of trades unionists called for "fair trade, not laissez-faire". [OK - what was the original slogan? This re-translation has a certain ring, though...]

The opening ceremony had to be cancelled - delegates couldn't get across the demonstrators' barricades or through the wall of buses surrounding the Paramount conference centre where it was supposed to be held. Some gained access through a hotel's kitchens or by climbing walls. The stars of this much-hyped opening were not among them: Kofi Annan, general secretary of the United Nations, and [US] Secretary of State Madeleine Albright returned to Washington before the ceremony was due to start. The crossroads were held by a motley crowd carrying anti-WTO placards. Demonstrators wore disguises - as condoms or as Santas. They sang, chanted and danced - and let no-one pass. Police in uniforms out of Star Wars protected the conference centre.

And so on. Le Monde was having fun!
Their concluding paragraph:

The WTO has crystallised a multiplicity of protest and a huge opposition movement. "Thanks to the WTO for mobilizing us", said a trade union official. "A crazy river of people floods the streets" read the headline (which we can't find) in the Seattle Times. More than the Summit itself, the image which will stay with us of what they're already calling the "Battle of Seattle" will be the delegates in sombre suits with leather briefcases lost in a crowd they didn't understand, and which didn't understand them.

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« Des citoyens, pas des consommateurs » : 40 000 manifestants à Seattle

Mis à jour le mercredi 1er décembre 1999

Certains délégués ont même eu à escalader les murs pour parvenir à la salle de réunion

Seattle a passé la nuit de mardi 30 novembre à mercredi 1er décembre sous l'état d'urgence. Un couvre-feu a été déclaré et la Garde nationale mobilisée pour faire face à de nouvelles manifestations. La journée d'ouverture de la conférence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en présence de représentants de cent trente-cinq pays s'est achevée en fiasco spectaculaire pour les organisateurs et en triomphe pour ses opposants. Le centre-ville a été paralysé tandis que, dans un stade proche, des dizaines de milliers de syndicalistes exigeaient « un commerce juste, non pas un libre- échange ».

La cérémonie d'ouverture a dû être annulée, les délégués étant dans l'incapacité de franchir les barrages de manifestants et le mur d'autobus qui entourait la salle Paramount où elle devait se tenir. Quelques-uns étaient parvenus à l'intérieur, à travers les cuisines d'un hôtel ou en escaladant des murs. Ce ne fut pas le cas des vedettes de cette inauguration ratée : Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, et la secrétaire d'Etat Madeleine Albright, qui est repartie à Washington avant l'ouverture de la conférence. Les carrefours étaient tenus par une foule bigarrée portant des pancartes anti-OMC. Des manifestants étaient déguisés, qui en préservatif, qui en Père Noël, chantant, criant, dansant, et ne laissant passer personne. Des policiers en uniformes futuristes, rappelant ceux de La Guerre des étoiles, protégeaient le centre de conférences.

Si les travaux de l'OMC ont pu commencer mardi après-midi, les manifestants ont promis de revenir le lendemain. « L'événement est partout dans la rue, expliquait un manifestant, nous sommes là pour donner la parole à ceux qui ne l'ont jamais et pour que l'OMC entende la voix des citoyens. » Les protestataires réclament le droit de tous à maîtriser les décisions des organisations multilatérales. « Nous sommes des citoyens, pas des consommateurs », « ils disent globalisons " , nous disons organisons "  » ou « la loi des multinationales n'est pas celle de la démocratie » : autant de slogans traduisant l'inquiétude des opposants à la mondialisation, version OMC.

Le manque de transparence de l'institution, son pouvoir supranational au mépris de la souveraineté des États sont violemment dénoncés par les étudiants et les écologistes. « Le fonctionnement de l'OMC est antidémocratique. Ceux qui décident n'ont pas été élus. Je ne veux pas qu'ils puissent m'imposer leur choix », dit Mary, vingt ans, alors qu'elle venait de prendre à partie un des délégués norvégiens qui, comme la plupart de ses homologues, n'a pu rejoindre l'enceinte officielle. Ce délégué officiel scandinave s'est prêté au dialogue, déplorant lui aussi l'opacité de l'OMC. D'autres se sont montrés moins patients : « Je comprends les manifestations, mais le sommet de Seattle est une des rares occasions pour les petits pays de se faire entendre ; Il faut que nous puissions participer aux discussions », regrettait un délégué officiel ivoirien. D'autres délégués, très mécontents, se plaignaient de l'incurie de la police.

Les étudiants de Seattle étaient eux aussi mobilisés, y compris certains étudiants d'écoles de commerce. Ceux de l'université de Washington et du Seattle Central Community College avaient donné rendez-vous à leurs camarades d'autres États. Matt, vingt-deux ans, venu d'Alaska, brandit une pancarte « Ne bradez pas notre avenir ! ». Il explique que, comme ses copains, il se sent citoyen du monde et qu'il manifeste pour les plus faibles, pour la sauvegarde de l'environnement et les droits des travailleurs.

D'autres étaient plus violents comme ces petits groupes de casseurs qui, bravant la colère des manifestants, ont brisé les vitres de grands magasins du centre. Brutale aussi parfois la police, qui n'a pas hésité à jouer de la matraque ou à asperger la foule d'un gaz à base de piment mexicain. Elle a dégagé avec force les lieux avant le couvre-feu.

Pendant la matinée, les syndicalistes s'étaient rassemblés à l'appel de l'AFL-CIO pour entendre leurs dirigeants et les témoignages de syndicalistes du tiers-monde. Des Mexicains vêtus de costumes indiens ont protesté contre leurs salaires de misère. Un militant de La Barbade a affirmé que « cette manifestation n'est pas celle des Américains ou des Européens, c'est celle des travailleurs du monde entier, Noirs comme Blancs, venus dire : au diable l'OMC ! ». Un orateur a rappelé qu'en cette période d'achats de Noël, « des enfants du Bangladesh se lèvent en pleine nuit pour fabriquer pour nos enfants des jouets avec lesquels ils n'auront jamais la chance de jouer ». Le président du syndicat des dockers a annoncé le blocage des ports du Pacifique. Les syndicalistes présents défendent les droits des travailleurs et de l'environnement, mais aussi la protection des emplois américains.

Les syndicalistes se sont ensuite mis en marche, derrière une rangée de motos Harley-Davidson, pour traverser la moitié de la ville, la pluie ayant cessé de tomber. Dans le cortège, on reconnaissait notamment John Sweeney, président de l'AFL-CIO, et José Bové. La foule était très diverse, de tous âges et couleurs. Outre les escouades de militants syndicaux, on trouvait des mères avec leurs enfants, des vieilles dames, des défenseurs des animaux, des partisans de l'indépendance du Tibet ou de Taïwan, des Indiens d'Amérique...

L'OMC a cristallisé de multiples protestations en un vaste mouvement de contestation. « Merci à l'OMC pour nous avoir mobilisés », a pu dire un responsable syndical. « Une folle rivière de gens a inondé les rues », a titré le Seattle Times. Plus que le sommet lui-même, l'image qui restera de ce que l'on appelle déjà la « bataille de Seattle » sera celle de délégués en complet sombre et serviette en cuir perdus dans une foule qu'ils ne comprenaient pas et qui ne les comprenait pas.


Venu du bout du monde pour dénoncer la liberté du commerce

Glen Mpufane fait partie des manifestants venus du monde entier à Seattle pour protester contre la liberté du commerce. Il a quitté sa mine d'or aux environs de Johannesburg, en Afrique du Sud, pour faire le voyage à l'invitation des syndicats américains, qui ont pris en charge ses frais de déplacement. Ce mineur qui gagne 4 dollars par jour chez Anglo Gold où il travaille depuis vingt ans, considère que « l'OMC est le diable incarné, seulement intéressé par l'appât du gain et le pouvoir à tout prix ».

Il ajoute : « Mon pays a une des législations du travail les plus progressistes. Mais elle est désormais en danger à cause de l'OMC. Celle-ci n'a rien fait pour sortir l'Afrique du sous- développement. On ne peut la réformer, il faut l'abolir.  ». Il se réjouit de participer à une manifestation « qui est en train de réécrire l'histoire. Nous avons fait la preuve de notre solidarité et de notre unité. Nous avons besoin du commerce international, mais celui-ci doit être juste  ! »

Le Monde daté du jeudi 2 décembre 1999

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Ce « tribunal du peuple » qui entend juger les multinationales comme le général Pinochet

Mis à jour le mercredi 1er décembre 1999

Une centaine de personnes écoutent silencieusement, certaines prennent des notes. Dans l'atmosphère militante de la Bourse du Travail, Robert Benson vient de prendre la parole. Il est avocat américain, et la situation est pour lui inhabituelle. Il faut dire que le tribunal n'a rien d'ordinaire. Robert Benson plaide aujourd'hui devant un « Tribunal du Peuple » dont l'objectif est d'instruire des dossiers contre les multinationales qui ne respectent pas les droits de l'homme et pourraient faire l'objet de poursuites pour crimes contre l'humanité devant la justice des Etats-Unis ou une cour internationale.

Avec Barbara Hadsell, une autre juriste, ils instruisent aujourd'hui le cas d'Unocal, une firme américaine accusée d'être une des principales compagnies occidentales à avoir sciemment fermée les yeux sur la nature du régime militaire birman pour obtenir un vaste contrat portant sur l'exploitation d'un gisement gazier et la construction d'un gazoduc jusqu'en Thaïlande. La compagnie française Total qui fut partie prenante du projet est également citée. Unocal est accusée dans le cadre de son partenariat avec la société birmane MOGE d'avoir eu recours à de la main d'oeuvre forcée, d'avoir procédé à des expulsions arbitraires de villageois souvent accompagnées de tortures voire d'exécutions. Pendant près d'une heure, les deux procureurs énumèrent les documents à charge.

«  La Birmanie a été condamnée par les Nations unies pour violation des droits de l'homme, par l'Organisation internationale du travail pour exploitation forcée de la main d'oeuvre », rappelle M. Benson. Unocal ne pouvait pas l'ignorer. Puis il appelle un témoin. Manupla, d'origine coréenne, a fui la Birmanie il y a deux ans, il raconte la violence de l'armée, les villages détruits, l'incompréhension des habitants réquisitionnés de force pour construire les infrastructures et les routes nécéssaires à la réussite du projet. La plaidoirie s'achève. Le jury composé d'une dizaine de volontaires recrutés dans Seattle va délibérer. Il conclura qu'il y a assez de preuves pour faire condamner Unocal.

  « LES DROITS ET LES DEVOIRS »

En deux jours, ce « Tribunal du Peuple » aura instruit le procès de quatre autres multinationales : Gap, Shell and Chevron, Cargill et Union Carbide. « Notre objectif est donc de former à partir de ce Tribunal qui fonctionne comme un grand jury, une sorte de "jurisprudence populaire" sur les droits et les devoirs des multinationales, explique Ward Morehouse, président du programme Multinationales, Loi et Démocratie (POCLAD) qui regroupe des juristes décidés à faire prévaloir les droits sur l'homme sur le droit des sociétés. Chacun peut venir témoigner. Nous allons définir ce qui relève de "crimes contre l'humanité" dans les pratiques des grandes entreprises. Nous sommes au début de notre aventure mais nous sommes confiants. C'est grâce à la détermination d'un petit groupe d'activistes que le général Pinochet a été mis en accusation pour crimes contre l'humanité ! »

Pour Ward Morehouse, l'idée que, demain, des présidents de multinationales partagent le même sort est loin d'être farfelue.

Le Monde daté du jeudi 2 décembre 1999

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La conférence s'ouvre dans un climat de tensions et d'incertitudes

Mis à jour le mercredi 1er décembre 1999

EN RAISON des manifestations sans précédent qui ont fait capoter, mardi 30 novembre, l'ouverture officielle et retardé de plusieurs heures le début des travaux de la conférence de l'OMC, le climat d'incertitude, qui pesait à cause de l'absence d'accord sur l'agenda même des discussions, s'en trouve encore alourdi. Nombre de participants n'ont pas dissimulé leur irritation, leur inquiétude sur la sérénité des débats, et certains évoquent un départ anticipé.

La cérémonie d'ouverture ayant été annulée, les participants en ont été réduits à lire les textes du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et de la secrétaire d'Etat américaine, Madeleine Albright, qui leur ont été distribués. Véritable plaidoyer en faveur de la libéralisation du commerce et de ses bienfaits, l'allocution de Mme Albright, appelant au lancement « cette semaine  » d'un nouveau cycle de négociations internationales, était en total décalage avec la rue. Elle ajoutait toutefois qu'il fallait «  tenir compte du message  » des contestataires. Mais, à Washington, M. Clinton allait plus loin en se solidarisant avec les manifestants en déclarant qu'ils « devaient être des participants » à la discussion.

Kofi Annan avait sans doute vu plus juste en rappelant les désillusions des pays en développement, qui attendent toujours les résultats concrets des promesses du précédent cycle de l'Uruguay (1986-1994). « Le commerce vaut mieux que l'aide », a-t-il souligné : si les pays industrialisés font davantage pour ouvrir leurs marchés, les pays en voie de développement peuvent accroître leurs exportations de plusieurs milliards de dollars par an, beaucoup plus qu'ils ne reçoivent en aide.

« STRATÉGIE COLLECTIVE »

Après près de six heures de battement, la litanie des discours des ministres a cependant commencé, à 15 h 30, sur un ton particulièrement convenu. Après avoir exprimé aux ministres ses regrets pour les désagréments qu'ils ont pu éprouver en raison des manifestations, la secrétaire américaine au commerce, Charlene Barshefsky, qui préside la conférence, a réaffirmé sa conviction que la réunion ministérielle permettra de lancer un cycle «  équilibré qui reflétera les intérêts de tous les membres de l'OMC  ».

Le ministre de l'économie français, Christian Sautter, dont c'était la première prestation en dehors d'Europe, a placé la réunion en perspective : «  Le débat n'est plus aujourd'hui de savoir si nous voulons ou pas du développement des échanges et de la mondialisation des économies. Ce sont des faits acquis. Mais la mondialisation s'est aussi accompagnée d'un développement préoccupant des inégalités. La France et l'Europe ne s'accommodent pas de ces réalités comme autant d'effets, certes négatifs mais inévitables, de la mondialisation, et souhaitent que l'OMC soit l'un des instruments d'une stratégie collective de croissance partagée, fondée sur des règles du jeu équitables. »

En dehors des séances plénières, ces travaux se dérouleront surtout au travers de quatre groupes thématiques de travail (agriculture, accès aux marchés, mise en oeuvre des accords du cycle de l'Urugay et les nouveaux sujets) animés par des ministres de pays en développement. Chaque groupe devra en référer à Mike Moore et à Charlene Barshefsky au fil des progrès réalisés.

L'OMC veut tirer les leçons de la réunion de Singapour en décembre 1996, dominée par un duel entre les Etats-Unis et l'Europe, dont les pays en développement se sont sentis exclus. Reste que, déjà, à Seattle comme ailleurs, les contacts bilatéraux se multiplient pour rallier tel ou tel à sa position. Au point que certains participants se demandent où se prennent les décisions.

La France a ainsi pris l'initiative d'organiser une rencontre avec les pays de la zone franc. Le commissaire européen au commerce, Pascal Lamy, multiplie les contacts pour arriver, comme le lui avaient demandé les ministres du commerce extérieur de l'Union réunis lundi, à débloquer la situation et à éviter que l'Europe agricole ne soit mise sur la sellette et que cela ne provoque des tiraillements au sein des Quinze. Selon un représentant du Minnesota, Allan Peterson, la délégation américaine est «  très optimiste sur un compromis sur l'agriculture  ». L'arrivée dans la nuit de Bill Clinton, qui devait s'adresser à la conférence mercredi, permettra peut-être d'en savoir plus sur la tactique américaine.


Premiers pas vers un commerce plus équitable

Les multiples réseaux d'initiative civique spécialisés dans la défense du « commerce équitable » commencent à enregistrer quelques succès. Aux Etats-Unis, les compagnies du secteur textile doivent désormais compter avec un fort mouvement d'opinion publique opposé à l'emploi de main-d'oeuvre sous-payée dans les ateliers du tiers-monde.

La compagnie Disney a accepté, au printemps, de mener une opération d'audit interne auprès de ses 15 000 entreprises sous- traitantes fabriqucant des t-shirts, surtout en Asie. Elle a adopté un « code de bonne conduite » pour améliorer son image auprès des consommateurs. La firme Reebok (chaussures de sport), fait de même auprès de ses sous-traitants indonésiens avec le concours de la centrale syndicale AFL-CIO.

Le Monde daté du jeudi 2 décembre 1999

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Updated
06/12/1999

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